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Les produits de nouvelle génération : aide au sevrage ou nouvelles portes d’entrée vers le tabagisme ?

07/03/2024

Par Adrien Meunier, Marie-Christine Servais, tabacologues au Centre d'Aide aux Fumeurs de la Citadelle

Ces 10 dernières années, une multitude de nouveaux produits du tabac et de la nicotine ont envahi le marché, créant des polémiques au sein du public, des scientifiques et des professionnels de la santé.

Leur évolution est rapide et les produits de plus en plus nombreux et variés. Que ce soit au niveau du marketing, des messages promotionnels ou de la diversité des produits présentés, l’objectif des fabricants est de semer la confusion et de contourner les réglementations en vigueur pour attirer de nouveaux consommateurs nicotinodépendants.

Dès lors, il est difficile en tant que soignant de se tenir en permanence informé des produits présents sur le marché pour faire la part des choses. Il est pourtant essentiel de connaitre ces différents produits, ainsi que les dernières recommandations des hautes instances de santé afin de pouvoir évaluer l’utilité ou non de ces produits et les risques pour nos patients.

Quels sont ces nouveaux produits du tabac et de la nicotine ?


La e-cigarette ou vaporette ou vapoteuse

Le principe de fonctionnement est similaire pour tous les modèles de vapoteuses. La vaporette est constituée d’une batterie, d’une résistance et d’un embout buccal. La batterie chauffe la résistance qui, en contact de l’eLiquide, transforme ce dernier en vapeur, inhalée par le vapoteur. Il existe 2 grands types de vapoteuses : les Mods et les e-cig avec pods (scellés ou rechargeables).

L’eLiquide est composé de glycérine végétale et de propylène glycol (produits que l’on retrouve dans les cosmétiques) qui ont la particularité de se transformer en vapeur à basse température (< 200 degrés). Il contient également des arômes pour apporter un goût plaisant, de l’eau pour fluidifier le liquide et éventuellement de la nicotine (de 0 à 20 mg).

Il existe deux types de nicotine pour les eCigarettes : la nicotine libre et les sels de nicotine. Ces derniers sont moins irritants en bouche que la nicotine libre présente dans les eCigarettes de 1ère génération, et ont un pic de délivrance au cerveau pratiquement similaire à celui d’une cigarette combustible. Ils sont donc particulièrement adaptés pour les patients fumeurs très nicotino-dépendants qui souhaitent arrêter de fumer et ont de grosses difficultés à se libérer du geste.

Au niveau toxicité, la cigarette électronique émet de la vapeur. Il n’y a pas de combustion. Elle ne délivre donc ni goudrons, ni monoxyde de carbone( CO), substances toxiques que l’on retrouve dans le tabac brûlé. Néanmoins, on peut retrouver dans la vapeur inhalée de faibles quantités de substances toxiques comme le formaldéhyde ou les nitrosamines, qui sont des impuretés du tabac extraites avec la nicotine.

À l’heure actuelle, on ne connait pas les effets à long terme sur la santé, mais la vape est considérée comme moins nocive que les cigarettes combustibles (Recommandations Conseil supérieur de la Santé, juin 2022)

Jusqu’à présent, on n’a démontré aucun lien entre le vapotage et la survenue de cancers ou de maladies respiratoires telle que la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Cependant, on ne peut pas exclure qu’il y ait des effets néfastes sur le long terme.
Sur le plan cardio-vasculaire, les risques sont bien moindres qu’avec le tabac. Néanmoins, ils ne sont pas nuls si le liquide utilisé contient de la nicotine.

Dans son dernier rapport sur le tabagisme mondial pu­blié en juillet 2019, l’OMS considère les cigarettes élec­troniques comme étant « incontestablement nocives », bien que « probablement moins toxiques que la ciga­rette », reconnaissant que « le niveau de risque associé aux SEAN (système électronique d’administration de ni­cotine) n’a pas été mesuré de manière concluante ».

Les preuves sont principalement limitées aux effets à court et moyen terme et des études évaluant le vapotage à plus long terme (plus de 12 mois) sont nécessaires.

Des méthodologies plus standardisées et cohérentes dans les études futures amélioreraient l’interprétation des données probantes (ref Public Health England 2022).

La vape peut être un bon outil pour arrêter de fumer ou pour éviter de rechuter dans le tabagisme, à condition d’être utilisée à bon escient : il faut trouver le bon modèle, l’arôme qui convient, savoir quel taux de nicotine prendre, quel liquide choisir (ratio de propylène glycol et de glycérine végétale) et limiter son utilisation dans le temps.

 

Les e-cigarettes jetables ou Puff

Cette dernière génération de e-cigarettes électroniques est apparue aux États-Unis en 2019. Ces dispositifs compacts sont pré-remplis et prêts à l’emploi. Ils peuvent contenir jusqu’à 20 mg/ml (2%) de sels de nicotine.

Leur promotion sur les réseaux sociaux via des influenceurs, dont Tiktok (utilisé surtout par les ados et pré-ados), leur prix démocratique, leur facilité d’utilisation, leur design tendance et la panoplie d’arômes très attractifs (barbe à papa, bubble gum, fruits, etc.) en font un objet tendance à la mode chez les jeunes, totalement inconscients des risques. Et c’est là tout le problème.

Chez les adolescents non-fumeurs, l’utilisation de la e-cigarette et de la puff peuvent non seulement constituer une porte d’entrée vers le tabagisme, mais sont également un danger pour leur santé et leur développement.

Une enquête menée en 2023 par la Fondation contre le cancer montre que 72% des jeunes entre 11 à 24 ans qui utilisent la Puff, emploient principalement des produits contenant des sels de nicotine hautement addictifs. Or, de nombreuses études ont déjà montré l’impact négatif de la nicotine sur le cerveau en développement.

 

Le tabac chauffé

Apparu en 2014, ce dispositif électronique est un appareil dans lequel on place une mini-cigarette, appelée HEETS (contenant un filtre et du tabac) dans laquelle vient s’insérer une lame chauffante qui va chauffer le tabac à 350°C pour libérer de la fumée de tabac à inhaler par un processus de pyrolyse. Il existe différentes saveurs pour les recharges de tabac.

Il est présenté par les fabricants comme un produit à réduction des risques. Or, plusieurs études (dont Reto Auer, MD ; Nicolas Concha-Lozano, Ph D ; Isabelle Jacot -Sadowski, MD ; et al. Cigarettes à tabac chauffantes et non brulantes. Fumées sous n’importe quel autre nom. JAMA-internal Medicine V 1777 :1050-1052, juillet 2017) montrent qu’il y a une combustion incomplète et donc production de produits toxiques similaires à la cigarette combustible mais dans de moindres proportions.

La marque la plus connue est IQOS (I Quit Ordinary Smoking), fabriquée par Philip Morris International, qui tente également de lancer un nouveau produit : Levia, des sticks sans tabac à utiliser avec son dispositif de tabac à chauffer IQOS. Ces  sticks-bâtonnets,  contiennent un « substrat non tabagique » infusé de nicotine, avec des arômes tels que tabac, menthol avec myrtille et menthe poivrée et ne rentrent donc pas dans la législation des produits du tabac..

Il n’y a actuellement aucune preuve que le tabac chauffé présente moins de risques pour la santé que d’autres produits du tabac.


Les sachets de nicotine ou « nicotine pouches »

Les pouches sont des petits sachets de nicotine orale sur un support de cellulose végétale. Ils sont déclinés en de nombreuses saveurs et contiennent de fortes doses de nicotine, pouvant aller jusqu’à 47.5 mg/ sachet (réf : Mallock N, Schulz T, Malke S, et al. Levels of nicotine and tobacco specific nitrosamines in oral nicotine pouches. TOB Control 2022.)

Les pouches sont à distinguer des snus, produits interdit en Europe. Le snus est une poudre de tabac humide qui est généralement placée sous la lèvre supérieure, délivrant de la nicotine au contact de la salive. Les sachets de nicotine s’utilisent de la même manière mais ne contiennent pas de tabac : ils sont composés de fibres végétales et d’une poudre blanche contenant de la nicotine.


Les Nicopop

Derniers venus sur le marché, les Nicopop se présentent sous la forme de perles sublinguales de nicotine, aux gouts variés tels que menthe glaciale, tropical, fruits rouges. La teneur en nicotine est plus faible que dans les autres produits (8 mg/g) mais on peut prendre plusieurs perles à la fois « selon l’intensité recherchée ». Leur goût est nettement moins piquant que dans les substituts. Il n’y a pas encore de recul par rapport à ce produit.